Solitude (blog du 12.04.06).

  Je viens de me faire houspiller par des amis très proches qui m'ont reproché de ne pas avoir donné de nouvelles et pas même un numéro pour me joindre.  Que répondre  dire à cela? D'abord, je me suis confondu en excuses. Oui, j'avais beaucoup à faire pour m'installer dans ma nouvelle maison, mais ce n'est pas une raison suffisante pour faire le mort. Et puis, j'ai commencé les cours d'allemand qui m'ont pris beaucoup de temps. Mais derrière tout cela, il savent bien que je vis seul, je suis seul, je suis isolé.  Si je tombe dans la rue, on me ramassera, on me soignera, si je me rétablis, je les informerai. Si je meurs, ils n'auront plus de nouvelles de moi et finiront par admettre que je suis mort. C'est comme cela que je voyais la chose.

    La vie en société me fatigue parfois. J'entends trop souvent les conversations des humains sur le téléphones portables (il y a quelques années, les gens s'enfermaient dans les cabines publiques pour parler au téléphone de peur que l'on entende ce qu'ils disent, aujourd'hui on téléphone sur son portable en public sans s'inquiéter du dérangement que cela peut causer aux autres).

   Dimanche dernier, en rentrant par le train de Paris, j'étais assis derrière un jeune homme qui pouvait être un militaire de retour de permission. Il est resté plusieurs heures sur son téléphone portable. On l'entendait parler. C'était gênant, en plus on ne comprenait rien à sa conversation, rien que des petits cris, des morceaux de phrases, des petits cris, des souffles, des reniflettes. Je n'ai évidemment rien compris de ce qu'il a dit. Il parlait pourtant en français. Il poussait aussi des petits cris, entre les phrases incomplètes. Des souffles, des reniflettes...Le téléphone est aujourd'hui le prolongement du corps, histoire de continuer à communiquer avec les autres quand on n'a rien à dire. Tu m'entends? C'est moi avec ma reniflette et ma manière de parler, incompréhensible aux autres humains. Ca relève plus du body langage qu'à tout autre chose, ou à la danse du feu chez les primitifs qui ne possède pas encore le  langage articulé. 

   Je me suis peut-être un peu éloigné de la solitude, mais pas complètement. Depuis l'apparition des téléphones portables, j'ai constaté à quel point les humains aiment ce gadget. Les jeunes comme les vieux. Les sociologues ont du pain sur la planche. Etre ensemble c'est bien, même quand on n'a rien à dire. Etre en compagnie est indispensable pour voyager. C'est un MUST. Les soaps de la télé de la télé m'ont toujours consternés. Les personnages ne sont jamais seuls. Jamais.  Voyager seul...? Vous n'y pensez pas ! Combien de fois j'ai croisé des mines consternées quand je voyageais seul. Pas pour des questions de sécurité mais pour des raisons de solitude. On a l'impression que pour certaines personnes quand on est seul, le cerveau cesse de fonctionner, le plaisir de vivre cesse d'exister. La solitude dans le voyage, c'est la peine et la désolation qui s'installent. Alors que faire à 60 balais ? Entrer dans une maison  de retraite pour rassurer les amis qui pourraient appeler le directeur de l'établissement et demander de mes  nouvelles. Option non encore retenue pour l'instant.

 

Retour à l'accueil