Bernard en 2019.

Bernard en 2019.

   Il était bien malade depuis 2018. Mais comme tous les malades qui aiment la vie, il espérait toujours la guérison, même du cancer. Il a bataillé comme un lion, les lions meurent aussi. Il avait 71 ans.

    Je le connaissais depuis plus de 10 ans. Nous étions bons copains. Nous étions célibataires tous les deux. Je l'ai toujours encouragé pour chercher une compagne. Je savais qu'il était un type bien, capable de donner beaucoup à une femme. Il a trouvé une compagne, même plusieurs, et voilà que la maladie l'emporte. 

   Bernard était quelqu'un de courageux, d'honnête et intelligent. Il m'a beaucoup appris, j'aimais nos conversations, surtout ces derniers temps quand il était malade.  C'était un homme cultivé. Il aimait lire surtout les classiques de notre littérature, ils s'intéressait à la géographie et  l'histoire. Il était aussi peintre du dimanche et faisait des peintures qui n'était pas des croûtes, comme on peut voir avec  ce tableau ci-dessous. Il savait cuisiner et adorait manger et ouvrir une bonne bouteille en compagnie de ses amis. Il n'avait pas peur de dépenser  pour faire plaisir ou dépanner quelqu'un dans le besoin.

     Il avait une personnalité qui m'impressionnait. Il a fait un apprentissage de charpentier. Il a travaillé à la restauration de monuments historiques dans la capitale. Il a travaillé comme ouvrier et aussi comme patron. Il a rénové avec goût sa maison de Villers sur Authie à partir d'une simple grange. Il y a quelques jours, conscient de sa disparition prochaine, il m'a dit regretter de ne pas être là pour voir la reconstruction de Notre Dame. Bernard était un grand monsieur, en vrai et au figuré du haut de ses 1,85m et de ses 110 kg. 

   Voilà ce que je peux dire aujourd'hui, en résumé, sur cet ami qui me manque déjà. 

   Avec Bernard, la citation de Sartre prend tout son sens : "l'existence précède l'essence".

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Des extraits de mon blog de 2010 quand le l'ai aidé à construire une cabane de jardin.

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LA CABANE DE BERNARD

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Mardi 6 mars 2010

   Hier, j'ai aidé Bernard dans la construction de sa cabane. Je n'ai pas fait grand chose, sinon être là quand il avait besoin de moi. C'est lui qui plantait les clous de 140 dans les madriers de soutient de la structure et le toit. Après 6 heures de travail, nous avons même posé la fenêtre. C'est beau le travail manuel. Il n'y a certainement rien de plus beau que la construction d'une maison. Un rêve d'enfant. Qui ne se souvient pas de sa première cabane dans le jardin ou dans les bois quand on était enfant ? Je me suis pris au jeu avec la cabane de Bernard. Je reste sur le chantier. Je veux voir la maison terminée.  C'est l'aboutissement du travail qui est la vraie récompense. Je pense aux prisonniers condamnés aux travaux forcés. Nelson Mendela l'a bien décrit. Il cassait des cailloux à la masse, les réduisant en miettes. Et ce toute la journée, Sans jamais construire avec. Il savait, lui, pourquoi il faisait cela.
Le froid persiste dans ma campagne. Moins 7 ce matin malgré une absence de vent. Je vais souffrir ce matin pour poser les panneaux de bois avec mon petit marteau et mes petites mains. Bernard a dit qu'il ferait un brasero avec les chutes de bois. Je me réjouis à l'idée de profiter de ce chauffage rudimentaire. Mais maintenant que la maison est commencée, il faut la finir.


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Mercredi 10 Mars 2010

    Nouvelle journée de travail sur la petite maison. Nous avons posé un premier bardage de bois de récupération. Des palettes suédoises, Bernard m'a donné leur origine. Du beau bois traité. J'ai planté beaucoup de clous de 70, avec mon petit marteau de couturière. Parce que plus on plante long, plus le marteau doit être lourd. C'est de la physique. Il faut des bras bien rebondis pour travailler avec un gros marteau de charpentier.
   Aujourd'hui nous serons trois sur le chantier. Le fiston de Bernard est là pour deux jours. Il est pâtissier en banlieue parisienne. Il sait travailler. J'ai eu la chance de manger ses macarons (petit gâteau granuleux et moelleux de 3 à 5 cm,à base de pâte d'amandes, de meringue et de jaunes d'œufs et de sucre). Un vrai délice. 

Jeudi 11 Mars 2010
        Journée de travail sur la cabane. Il ne faut pas sortir de Saint-cyr pour réussir la construction d'une cabane.  C'est comme tout. Il y en a qui savent et il y a les autres. . Savoir faire du béton est nécessaire pour construire une cabane au sol sans de bonnes fondations, la cabane risquent fort de perdre son équilibre. L'ajustement des pièces de bois demande aussi des connaissances techniques et un bon coup d'œil, disons du doigté.

   Hier, le fils de Bernard est venu compléter notre petite équipe. Il est pâtissier de métier, il n'est pas une force de la nature, mais bien plus costaud que moi. Nous n'étions pas trop pour planter les clous. Une cabane, c'est du bois à couper et beaucoup de clous à planter. 
   Nous avons mis la moitié des chevrons en place. Aujourd'hui, il nous faudra fendre en deux des bastaings pour fabriquer des chevrons pour l'autre pente du toit. Saviez-vous que un bastaing fendu en deux fait deux chevrons ?

   Je suis ravi de participer à la construction de cette cabane. Je me rapproche ainsi de Henry David Thoreau qui a construit en trois mois sa cabane de 3m sur 4,5m où il vécut seul deux ans et deux mois. La cabane de Bernard sera pratiquement terminée en 15 jours et fera 4m x 4m, plus une petite avancée. Mais Thoreau était seul pour la construit (sauf pour le toit).

 

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