Les années sombres.

Je suis empêtré dans la rédaction de mes mémoires, surtout les années 1972 et 1974. Je ne m'y retrouve plus. Je confonds les périodes, les lieux, les activités. Je me souviens avoir quitté Stockton on Tees en mars 1972. Je m'étais expatrié dans le Nord de l'Angleterre où j'ai accepté un poste d'assistant de français. Je suis parti avec Evelyne ma copine infirmière. Je m'étais bien adapté à la vie du collège anglais J'avais écrit une histoire de gendarmes et de voleurs pour faciliter la conversation avec les élèves. C'était amusant mais les enfants manquaient de motivation. Il faut comprendre, une ville ouvrière où la culture est locale. Parler le français n'intéressait personne. Parler avec qui ? 

Ce qui était plus dur à supporter était l'environnement. La ville était noire de charbon, une suie sale qui se répandait partout. Les habitants de cette région se chauffaient encore au charbon. On ne pouvait pas échapper à la noirceur du paysage. Ma copine Evelyne, infirmière Suisse, ne sortait pas de la maison. Nous n'avions aucune relation et la maison était manquait de confort. Nous sommes partis en Suisse, Genève où Evelyne pourrait au moins travailler. Moi, j'ai été embauché chez Hertz pour louer des voitures à l'aéroport de Genève-Cointrin. Une vie tranquille pour nous deux, jusqu'au jour où nous j'ai fait une remarque à Evelyne qui a provoqué sont départ pour Paris le lendemain sans explication, son départ a provoqué le mien quelques jours plus tard. C'était le début de deux ans compliqués.

Ma vie a  bien été  bringuebalée pendant ces deux années, jusqu'à la rencontre de Dominique, qui est devenue ma femme. J'ai beaucoup oublié. Ma  mémoire ne veut pas se souvenir. Comme après un traumatisme. Il me reste des morceaux éparpillés : j'ai rangé des boîtes de conserves la nuit dans un supermarché, été caddie-boy dans un autre supermarché, vendu des casseroles dans un grand magasin de Londres, été employé aux écritures à la DVLA ( service des cartes grises de Londres ), été gardien de nuit dans un hôtel rue Cambon à Paris, téléphoniste chez France Télécoms, vendeur à la FNAC rue de Rennes. J'en oublie... Je préfère ne rien dire sur mes relations avec les femmes. On peut dire que cela s'est toujours bien passé. Mais je n'étais pas prêt pour une relation durable. J'étais plus préoccupé par ma survie au jour le jour. Je devais manger tous les jours et payer mon loyer. Quand j'étais en France, je continuais à suivre les cours à Vincennes et suivais la vie culturelle du Quartier Latin. Mais le tout était très chaotique, cet encombrement social et psychique a cessé quand j'ai rencontré Dominique le 1 Ier mai 1974 Boulevard du Montparnasse à Paris.

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