Nouvelles du Front

   La bataille de survie est engagée au quotidien. Ce combat n'a pas trop de sens quand, à 70 ans,  on vit sur sa lancée, un peu comme un projectile lancé. Je ne suis pas dans ce cas de figure. Tous les jours je fais du nouveau.Everyday is another day. Les nombreux déméngagements, les voyages réguliers, fatiguent la bête. Avec les années, sa respiration est plus courte, elle crache, ses oreilles bourdonnent, le vitré de ses yeux sont chargés de "mouches". La nébuleuse internet innove, les jeunes applaudissent, la bête fatigue...

  Et pourtant, il faut avancer, continuer à entreprendre, toujours regarder le soleil en face quand c'est possible. Gérer le quotidien,  vie administrative, faire ses courses son ménage. Quand on n'a pas d'aide de camp, c'est beaucoup de temps.

On ne peut pas négliger ces astreintes. La dépression du vieux, c'est le relâchement, le retard pour faire les choses, le desintérêt pour l'actualité. Se révolter contre les injustices, même quand elles ne nous touchent pas personnellement. Ecouter Michel Houellebecq attentivement, même quand il semble dire des conneries. J'ai remarqué que les grands écrivains, souvent, étaient de piètres orateurs. Houellebecq et Modiano sont de ceux-là. Les écrivains ne sont pas des hommes politiques. Ils mettent souvent très longtemps pour trouver un bon mot, celui qui habillera bien une phrase. Les hommes politiques cherchent des phrases pour plaîre à leurs auditeurs. Ce n'est pas vraiment le même exercice. Je connais, toutefois, un homme politique qui échappe à cette définition, c'est Winston Churchill. J'ai lu quelque chose sur lui, écrit par son secrétaire particulier, il disait que Churchill préparait avec beaucoup de soins les discours qu'il délivrait à la Chambre des députés. Cela lui prenait un temps fou. On comprend mieux pour ses discours sont encore étudiés dans les lycées français.

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  L'actualité du moment, c'est "le vivre ensemble" qui est au centre des préoccupations des Etats et des citoyens.  Les Musulmans (certains d'entre eux) et le reste du monde, les Grecs et l'Europe, l'intégration des banlieues avec le reste du pays, les mauvais élèves des écoles abandonnés sur le bord de la route.... Ceux qui sont brimés ou qui se sentent brimés imaginent que le reste du monde est à l'origine de leur malheur.

  Quand on regarde bien et pour que le "vivre ensemble" fonctionne, il faut voir les erreurs de part et d'autre. C'est tout l'art de la négociation et de la diplomatie. Pour régler la dispute entre l'Ukraine et la Russie ou les jeunes des banlieues candidats au djiad, il faut reprendre les points d'achoppement et gérer les différends. Pour ce qui est des jeunes de culture musulmane qui partent au combat en Syrie ou ailleurs, en France aussi, il faut comprendre. Les jeunes ont besoin d'aventures et faire la guerre est une grande aventure. Peut-être la plus grande, à voir leur larges sourires quand ils sont filmés avec leur kalachnikof. J'ai toujours remarqué ce détail sur tous les fronts, en Somalie, au Biafra, au Kosovo, partout, les hommes font la guerre avec enthousiasme.

  Un jeune d'origine étrangère, sans grande perspective d'avenir en France, peut être attiré par le djiad, cela se comprend. D'autres jeunes, avec des diplômes et une belle confiance en soi, seront peut-être plus attirés par l'Angleterre ou l'Indonésie...que sais-je ? L'Etat et nos institutions scolaires et professionnelles sont largement responsables de cette débandade. Je ne cesse de le répéter dans ce blogue. Maintenir les jeunes en situation scolaire, alors qu'ils sont en échec scolaire est une erreur. là encore, nos grands principes humanitaires nous ont conduit dans une impasse. Un jeune, déjà à 12 ans, on a envie de se sentir utile et responsable et on cherche à gagner son indépendance et son autonomie financière. Nous traitons nos jeunes, jusqu'à un âge avancé, en incapables majeurs. Ceux qui réussissent à se valoriser à l'école s'en sortent, et les autres traînent la savate pendant des années, incapables de vivre positivement leur vie. C'est un drame, un gaspillage humain. Je ne voudrais pas trop comparer les problèmes sociaux actuels avec mon propre vécu, mais je ne peux pas m'empêcher de dire ici que, personnellement, j'ai quitté l'école à 14 ans, sans aucun diplôme, j'ai travaillé à cet âge comme ouvrier, pas apprenti) et à 16 ans mon père m'a émancipé devant le Tribunal de Montmorency (95). Mon émancipation et le travail que je faisais à l'atelier de papéterie m'ont apporté beaucoup de satisfactions et l'autonomie nécessaires pour me sentir "bien dans ma peau",  au moins suffisamment pour avoir une relation normale et positive avec mon environnement. Dans ces années-là, les CDD et CDI n'existaient pas. Le contrat de travail, c'était la feuille de paye. Je ne sais pas qui a inventé les CDD et CDI, quelqu'un qui voulait faire du bien pour l'humanité certainement. Quel âne....!

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  J'en reste là pour aujourd'hui. Il fait beau à Cannes, un peu froid, mais c'est l'hiver aussi sur la Côte d'Azur.

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