La bousculade mortelle d'Halloween en Corée.
05 nov. 2022Blog du 5 novembre 2022. La foule ne craint pas la foule. Au milieu de tous on ne voit le danger. Chacun est un danger pour les autres, mais on ne le sait pas. On n'imagine pas que cette foule peut vous serrer comme le ferait un étau. Là plus moyen d'échapper, surtout si on trébuche, si on tombe. Piétiné, on n'est pas reconnu. Personne n'ira vous ramasser de peur d'être piétiné à leur tour. Ca, on devrait le dire dans les écoles.
Pourtant, les jeunes Coréens se sont rassemblés nombreux et heureux de participer à la fête d'Halloween. Avec la Covid la fête avait été annulée les deux dernières années. Cette année il fallait rattraper. Les jeunes ont toujours peur de ne pas profiter de leur jeunesse. Dès les premiers rassemblements, ils ont trouvé ça amusant de se serrer les uns contre les autres. Puis la foule est devenu plus compacte, puis plus compacte encore et c'était l'accident. 152 morts et des centaines de blessés.
J'ai connu aussi cette foule heureuse de jeunes heureux d'être les uns contre les autres. Dans les années 60, j'allais souvent à la cinémathèque de la rue d'Ulm à Paris. En attendant l'ouverture du guichet nous étions des centaines à attendre sur un escalier. Ceux qui ont connu cette expérience se souviendront. Nous courrions des risques sans le savoir, bien sûr. D'abord l'escalier aurait pu s'effondrer sous notre poids, enfin, serrés comme nous étions, nous nous amusions à "faire des vagues". C'était dangereux mais nous n'avions pas peur. Nous poussions des cris d'excitation. La chute de quelques uns aurait entrainé la chute d'une centaine d'autres peut-être. Cela peut aller très vite, nous n'avions aucun moyen de nous rattraper. La chute en chaine sans faute. J'ai eu la chance de ne pas connaître de chute.
J'imagine que le drame de Séoul devait ressembler à cela. La jeunesse qui se rassemble pour avoir du bon temps ensemble. Et la foule grossit, grossit, jusqu'à la rupture, l'étouffement. Le corps qui étouffe, qui chute et qui est piétiné dans l'indifférence générale.
Au bilan 154 morts à Séoul et des centaines d'autres sauvés, des miraculés. L'horreur quand on fête Halloween, c'est un comble. La police ne pouvait pas faire grand chose. Pouvait-elle compter les jeunes qui empruntent une route pour éventuellement bloquer sa circulation ? C'est impossible. On peut compter les entrées pour un match de football quand on connait le nombre de place assises, un concert, un événement religieux, mais pas des gens qui marchent dans la rue. Pour les manifestations publiques dans les rues, c'est autre chose. Parfois la police bloque les rues, mais c'est pour se protéger des manifestations politiques.
A Séoul, comme partout, seuls les personnes participants à un événement doivent juger si le rassemblement devient dangereux ou risque de devenir, il faut alors y renoncer et faire demi-tour pour rester en sécurité. Quel jeune pourrait avoir l'audace de faire cela ?
Mais là, je parle comme un vieux qui connait le danger des bousculades. Celle du Stade de Heysel, de la parade de Dusburg, de la cérémonie religieuse de Bagdad qui a fait 1000 morts. etc.... Les jeunes de 20 ou 25 ans ne savent pas parce qu'ils sont trop jeunes, d'ailleurs ils s'en foutent parce qu'ils veulent vivre leur vie---qu'ils ne veulent pas porter tous les malheurs du monde.
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